Expérience : un bivouac médiéval

Les 3 membres de notre compagnie qui ont participé à l’aventure.

Faire autre chose

Avec l’annulation de la plupart des événements médiévaux, nous en avons profité pour faire des activités annexes à ce dont nous sommes habitués. Après une marche à Orval avec nos amis de Societas Angliciis pour tester une marche en tenue et chaussures médiévales, nous avons voulu, cette fois avec La Compagnie des 4 Lunes, passer au niveau supérieur en faisant un bivouac en plus d’une marche.

Le Moyen Âge à la belle étoile

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer (l’imaginaire collectif nous biaise énormément sur ce point), nos ancêtres médiévaux ne dormaient pas en plein air tant que ça, et surtout ils évitaient de le faire quand ils le pouvaient. Les voyages se faisaient de jour et la nuit était passée dans une auberge. En l’absence d’auberge, il y avait toujours la possibilité de demander l’hospitalité dans un village ou une église. Dormir dans la nature est donc une rareté, à l’exception des armées en marche, encore en profitent-elles souvent pour camper aux alentours des agglomérations et “vivre sur le pays”. Notre bivouac en pleine nature est donc à considérer comme quelque chose d’exceptionnel à l’époque (dans notre cas, la fin du XIVe siècle)

Le projet

Cette petite escapade avait deux buts :

  • Faire une randonnée avec de quoi manger et camper pour voir la faisabilité de l’exercice avec nos chaussures et tenues (de 2 couches de vêtements : une couche de sous-vêtements en lin et une couche de survêtements en laine, le minimum pour l’époque!)
  • Se reposer sur le moins d’anachronismes possibles afin de rendre l’exercice le plus fidèle possible et de continuer le tournant pris par notre association de se diriger de plus en plus vers une démarche historique.

La Compagnies des 4 Lunes qui nous accompagnait avait déjà un peu d’expérience en la matière. Comptant parmi ses membres deux militaires rodés à des marches autrement plus éprouvantes, ils avaient déjà faits plusieurs bivouacs médiévaux pendant la saison et avaient repéré le terrain pour celui-ci.

Nous avons donc choisi une boucle d’environ 6 km dans les environs de La Roche-en-Ardenne, avec un endroit où camper en pleine forêt à mi-chemin. Il ne s’agit donc pas d’une longue marche, mais était raisonnable pour un essai, d’autant plus que le terrain présentait un fort dénivelé.

La préparation

Ca a l’air beaucoup comme ça, mais le groupe compte de gros mangeurs 😉

Habitués que nous sommes aux fêtes médiévales où l’accès en voiture est garanti, la première étape fut de rationaliser un maximum le matériel à prendre sans pour autant être trop léger : ne pas penser aux imprévus, c’est la certitude d’écourter l’expérience.

Nous nous sommes également documentés sur les sources de paquetages et de sacs au Moyen Âge. A cet effet, nous recommandons le site “Exploring the Medieval Hunt” qui nous a été très utile, en particulier cet article : https://themedievalhunt.com/2015/03/03/out-and-about-with-all-your-stuff/

La nourriture a également été prise en compte, sachant qu’il fallait sustenter 9 personnes (3 du Feu Liégeois, 6 des 4 Lunes) pour deux repas + encas tout en considérant des solutions d’époque.
En conséquence, nous avons empaqueté majoritairement des fruits secs, des charcuteries salées ou fumées ainsi que du fromage et du pain. Pour le repas du soir, des légumes frais, des lentilles et de la viande (emballée dans des toiles de lin cirées pour le transport) avaient été prévus.

Sacs en lin, vers 1380, Allemagne.

Evidemment, pour que l’exercice ait du sens, il fallait également que tout le matériel puisse être transporté en un seul trajet. En plus de la hotte que nous possédions déjà, nous avons ainsi réalisé un sac en lin, fendu au milieu, d’après plusieurs sources historiques.

La marche

Au final, les 3 membre du Feu Liégeois présents avaient presque pu relever le défi du “zéro anachronisme” à l’exception de :

  • des allumettes et deux allumes-feux (au cas où nous n’arrivions pas à allumer le feu “à l’ancienne”)
  • un rouleau de papier toilette (il y a des limites à la vie médiévale)
  • quelques bières (pour festoyer près du feu de camp :-D)
  • Deux étuis à lunettes et des lentilles de contact.
  • Une bouteille en verre (car nous n’avions que 2 gourdes en cuir pour 3)

Seuls 3 remarques sont à faire sur la marche en elle-même :

  • Surtout, serrez bien votre paquetage afin d’éviter que du matériel glisse en-dehors (ce qui est arrivé pour quelques-uns de nos compagnons)
  • Il est préférable d’avoir une cape ou un chaperon, pas simplement pour les intempéries, mais également pour dissiper un peu la pression des sangles ou des cordes du paquetage sur les épaules.
  • L’épée que l’un de nous portait (avec un bocle, ce qui est une combinaison d’armes documentée pour les voyageurs) était trop longue et avait tendance à toucher le sol ou les pieds. La raison était sans doute en raison du manque d’un fourreau. L’épée était simplement dans un passe-lame, commun en reconstitution mais pas historique.

La chaleur en elle-même ne nous a pas posé de problème. Chose intéressante, bien qu’il ait fait près de 30 degrés le samedi et seulement 20 degrés le dimanche pour le retour, la différence était à peine perceptible, confirmant le rôle isolant de la laine : c’est avant tout votre propre chaleur que vous ressentez!

Le bivouac

Nous avons opté comme couchage pour un simple auvent tenu par deux bois dans lequels nous aurions pu dormir facilement à 4 ou 5. Bien qu’ouverts sur deux côtés, sa faible hauteur permet d’éviter un trop grand courant d’air, à condition de bien l’orienter par rapport au vent. Evidemment, sans matelas, nous étions simplement enroulés dans nos couvertures, ce qui est très confortable à condition de trouver une surface sans cailloux. Afin de rajouter un peu de piment à l’expérience, la pluie s’est invitée pendant la nuit, sans que cela ne nous dérange outre mesure.

Notre halte se faisant dans la forêt, nous avions également tout le bois mort à disposition pour le feu et le repas du soir. Les allume-feu furent utiles car malgré nos efforts, une belle braise fut obtenue mais aucune flamme :-/
Le sol ardennais aidant, trouver des ardoises sur lesquelles cuire directement notre viande fut facile et ce fut également un très bon support pour notre poêlon en céramique dans lequel nous avons cuit nos lentilles. Il y a peu de chances que les médiévaux aient fait pareil et qu’ils se contentaient de frugales réserves, de cueillette et d’un peu de chasse lors de leurs voyages (encore que la chasse soit très réglementée et la condamnation pour braconnage facile).

Conclusion

Ce bivouac, malgré le fait qu’il reconstitue un fait fort anecdotique de la vie médiévale, nous a permis d’effleurer le quotidien du XIVe d’une manière que la plupart des événements ne permettent pas.

D’une part, nous avons dû nous discipliner afin de ne prendre que le nécessaire, mais aussi nous rendre compte que plusieurs de nos difficultés nous viennent des contingences modernes : nous devions transporter avec nous nourriture et boissons, ce que des voyageurs anciens faisaient avec bien plus de frugalité tandis que nous sommes habitués à un certain confort, notamment l’envie d’un repas chaud et d’un apport calorique moyen plus important.

Une réelle troupe aurait sans doute eu avec elle une mule ou un cheval de bât et les personnes les plus aisées aurait été montées, rendant le chemin plus facile. Une autre difficulté est venue d’un manque de pratique. Des ajustements, notamment dans la répartition du poids seront nécessaires pour la prochaine expérience de ce type.

Nous sommes néanmoins plus que satisfaits de cette expérience que nous répéterons, ainsi que d’autres du même type.

Epilogue

Quitte à être dans une région au patrimoine médiéval, nous avons visité le château de La-Roche-en-Ardenne pour un retour à la vie réelle en douceur, mais pas sans inconvénients modernes…

On nous a fait la blague : non les masques n’existaient pas au Moyen Âge.

Photos :
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